Le rugby français en quête d’un nouveau business model

L’essor du rugby « business » est en marche et rien ne semble l’arrêter. Preuve en est avec la récente entrée du groupe Fiducial au capital du Stade Toulousain ou encore le nouveau partenariat entre Numéricable et  le Stade Français Paris.

Un phénomène très ancien dans le sport professionnel semble toutefois prédominer au vue de cette fin de saison et des récentes demi-finales du TOP 14, le constat économique est simple : 3 clubs sur les 4 qualifiés pour le dernier carré sont sous l’égide d’un mécène. En effet,  le Montpellier Hérault Rugby est présidé (et majoritairement financé) par Mohed Altrad, homme d’affaires d’origine syrienne et président du groupe Altrad un des leaders mondiaux dans le matériel pour le BTP. Le Racing Métro 92 est quand à lui présidé par Jacky Lorenzetti, riche homme d’affaires, fondateur du groupe Foncia et propriétaire viticole. Aussi, Pierre Fabre dirigeant du groupe pharmaceutique, bien que décédé en 2013, a longtemps participé à la réussite du Castres Olympique, club que le groupe continue de financer.

A la différence de ces 3 clubs, Mourad Boudjellal, qui est à la tête du Racing Club Toulonnais, est sorti du modèle du mécénat qu’il a pourtant adopté lors de l’accession en Top 14. Il a comme il l’explique voulu créer une « économie réelle » en s’appuyant sur des recettes générées par la passion de ses spectateurs. Le pari semble être gagné puisque le RCT fort de son titre de Champion d’Europe 2013 est redevenu la place forte du rugby de la côte d’azur et est aujourd’hui économiquement viable.

Le mécénat est très présent dans le rugby professionnel tel que Michelin à Clermont-Ferrand ou encore Capgemini à Biarritz. Toutefois, ces moyens financiers, aussi importants soient-ils, ne sont pas à long terme la clef inébranlable du succès. Pour perdurer et prospérer sportivement les clubs doivent également créer une émulation et fédérer leurs fans pour ainsi sortir de ce mode de financement précaire.

Face à cette situation, le club francilien du Stade Français Paris a bien compris l’enjeu économique du sponsoring. En effet, bien que présidé par Thomas Savare, l’héritier du groupe Oberthur Technologies (la famille est la 46ème fortune de France), le club qui a connu des années fastes sous l’ère Guazzini a besoin de recréer un lien avec les parisiens des suites d’une période économiquement et sportivement difficile. Pour ce faire, le club a conclu un partenariat  avec la marque italienne Lancia qui devient « voiture officielle » du club. Différentes actions sont menées pour accroître la notoriété des deux partenaires telle que la création de la série spéciale Lancia Ypsilon by Stade Français Paris, des spots publicitaires impliquant les joueurs, des démonstrations sur le parvis du stade Jean Bouin ou encore des épisodes d’une web série sur canal+.fr intitulée « Inside Stade Français Paris by Lancia ». Preuve de la qualité de ce partenariat, Lancia est arrivée finaliste de la catégorie « sponsor de l’année » lors des Trophées Sporsora.

Fin de saison sportive rime également avec renouvellement des contrats de partenariat, l’occasion pour le Stade Français de faire parler de lui. Le club a en effet récemment officialisé un partenariat avec Numéricable. Ce nouveau sponsor vient remplacer Oberthur Fiduciaire sur l’avant du maillot. Le président Savare précise que ce partenariat « compensera financièrement celui qui liait jusque-là le Stade Français avec Oberthur», il n’aura donc plus à puiser dans ses fonds personnels pour renflouer le club et arriver à terme à « l’autosuffisance ». Bien que les discussions ont été entamées de longue date, ce partenariat tombe à point nommé pour les 2 entités puisque Numéricable a récemment été au centre des attentions avec le rachat de SFR. « Nous avons besoin d’un tissu économique de partenaires qui nous soutiennent et nous permettent de prendre un nouveau départ. Le Stade Français et Numéricable sont deux entreprises qui bougent dans un environnement concurrentiel et font l’actualité», ajoute Thomas Savare.

Toujours dans le même souci d’autosuffisance, le Stade Toulousain  et Fiducial ont officialisé l’entrée du groupe spécialisé dans les services aux entreprise au capital de la SASP à hauteur de 10% et devient le premier actionnaire du club derrière les deux associations fondatrices historiques. Ce partenariat s’inscrit dans la durée puisque Fiducial était sponsor maillot de la formation toulousaine depuis 2008.

Philippe Spanghero, co-fondateur de la société Team One, explique que « les nouvelles recettes, c’est remplir des stades, développer les produits dérivés, le merchandising. C’est attirer de nouveaux sponsors par des leviers différents, de nouveaux supports ».

Le monde du rugby est donc confronté à une opposition : d’un côté, il est facile de bénéficier des apports financiers de certains mécènes, mais de l’autre, ces apports aussi importants soient-ils ne peuvent permettre à terme un développement durable des structures sportives professionnelles. Les clubs doivent donc trouver de nouvelles solutions et innover non seulement pour grandir mais pour survivre dans un environnement extrêmement concurrentiel. Preuve de cette forte concurrence, le désengagement progressif d’Alain Afflelou de l’Aviron Bayonnais vers le football et l’AS Monaco.

Fabien Leybros

Fabien Leybros

Etudiant en Management du sport, passionné de sports co', fervent supporter des Girondins et du Stade Aurillacois de par mes racines cantaliennes.
Fabien Leybros

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